Plus que jamais le syndicalisme révolutionnaire

vendredi 22 octobre 2010

À l’heure où cet éditorial est écrit, il est difficile de prévoir l’évolution du rapport de force contre le pouvoir Sarkozien sur les retraites.

Ce qui est sà»r, c’est que cette confrontation dépasse largement la seule question des retraites. Plus la revendication du retrait du projet de casse des retraites gagne du terrain, plus s’affirme le désir d’infliger une défaite àSarkozy, que ce soit sur les conditions de travail et de vie, sur l’insolence et le mépris de ce régime discrédité ou sur l’exploitation de la xénophobie et de la haine.
Ce qui est sà»r aussi, c’est que les enjeux du capitalisme en Europe et de Sarkozy pour 2012 exigent une défaite de cette lutte, pour imposer l’ensemble des contre-réformes réactionnaires. Ce pouvoir ne reculera que contraint par une dynamique qui entraîne une bonne partie des travailleurEs, des jeunes, des excluEs, qui bloque la vie économique (comme àMarseille) et qu’il ne pourra pas étouffer par la répression. En clair une mobilisation qui entraîne une crise politique.

Ce qui est sà»r également, c’est que la stratégie des directions syndicales ne va pas dans ce sens. Pensant gratter le plus de miettes possible en paraissant garder la main sur le mouvement social, elles restent sur leur fol espoir d’illusoires avantages matériels concédés par Sarkozy pour prix d’un "bon dialogue social", permettant de contrer une désyndicalisation déjàpréoccupante, mais qui pourrait s’emballer en cas d’échec sur les retraites et au vu des grosses difficultés sur l’ensemble des dossiers revendicatifs qui s’en suivraient.
Dans cette période où se joue l’avenir des acquis sociaux et du syndicalisme, elles sont bien dérisoires les recompositions dans le but de profiter des retombées escomptées de ce dialogue social, ainsi que la priorité donnée dès àprésent àdes élections professionnelles qui dans un an consacreront la fin du paritarisme. Dans cette mascarade cynique, chacun joue sa partition de l’unité àn’importe quel prix : la CFDT proposant au pouvoir "des portes de sortie" de plus en plus béantes àchaque succès de la mobilisation, la CGT arborant une détermination vite tempérée par l’espacement des journées d’action saute-mouton, d’autres comme la FSU radicalisant d’autant plus leurs propositions de luttes qu’elles les abandonnent aussitôt dans les intersyndicales.

Ces orientations sont d’autant plus assumées qu’elles s’inscrivent - même si ce n’est pas toujours exprimé aussi clairement qu’àla CFDT - dans un horizon 2012, renvoyant àune alternative entre un Sarkozy regonflé par son saccage social et un PS au service du même ordre capitaliste, au delàde ses rodomontades électoralistes.

Mais ce qui est moins sà»r, c’est que la stratégie des directions syndicales leur permette de chevaucher le mouvement en cours. Les mobilisations actuelles, qui s’ancrent et se radicalisent, font remonter aux directions l’exigence de plus en plus impérative d’un changement de cap pour infliger une défaite àSarkozy, sans attendre 2012. Dans le même temps elles se donnent de plus en plus les moyens de leur autonomie de décision pour la poursuite de la lutte : les AG jusqu’ici plutôt faibles se multiplient, gagnent en fréquentation et surtout font le choix de l’interprofessionnel.

La généralisation de la grève, des occupations et des blocages de secteurs clés de l’économie sont àl’ordre du jour. Dans les transports, l’énergie et chez les jeunes, la mobilisation se structure. Et même s’il n’y avait pas de secteur plus en capacité d’entraîner les autres, la généralisation des réseaux militants et AG àtous les niveaux dans un cadre interpro sont àmême de porter la mobilisation et d’imposer aux directions syndicales de soutenir ce combat pour des alternatives progressistes, en toute indépendance par rapport aux enjeux et aux échéances politiques.

Tenons toute notre place dans les AG et les syndicats et en ce mois d’octobre où nous fêtons le centenaire de la revue l’École Émancipée, dont l’Émancipation est la digne continuatrice (voir dossier dans ce numéro), ces questions qui ont structuré le syndicalisme révolutionnaire et de lutte de classe vont retrouver dans les luttes encore plus d’actualité.

Le 3 octobre 2010, Olivier Vinay